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Mémoires d'une "Soucougnan"...

Bonjour à toutes et à tous,

 

Les « mémoires » ont habituellement pour objet le récit de sa propre vie à un moment-clé, souvent à un tournant de son existence. Il s’agit la plupart du temps de recueils de souvenirs, historiques ou anecdotiques, publics ou privés. Il est parfois difficile de différencier « les mémoires » d’une autobiographie ou encore d’un journal intime. 

Toutefois, ceux-ci sont devenus un genre littéraire, rendus célèbres par certains chefs-d’œuvre comme « les Mémoires d’outre-tombe », de Chateaubriand. 

 

Voici justement un extrait du Tome 4 L’As de Trèfle, « Mémoires d’une Soucougnan »...

 

Mémoires d'une soucougnan.jpg

 

 

Je m’appelle Liliane de La Roche.

Je suis la fille de Armand et de Manon de La Roche, sœur d’Agnès de La Roche

Je suis née en l’an 1754 et soi-disant morte et enterrée en Bourgogne. Je ne pourrai sans doute jamais le prouver, mais ce n’est pas moi qui suis dans ce caveau familial, mais une inconnue y repose à ma place. 

 

En ce mois de février 1805, j’ai eu envie d’écrire pour tenter ainsi de soulager mes peines. Car il est vrai que je souffre beaucoup. Et parfois, je m’étonne que mon corps puisse supporter tout cela.

Tout a commencé en 1788. Je partais à bord d’un galion avec celui que je croyais être l’homme de ma vie, du moins du reste de mon existence, le comte Jacques de Carafelli. Je l’aime depuis mes vingt ans. Je ne sais pas pourquoi j’utilise encore le présent pour parler de cette passion. Peut-être du fait qu’il n’est pas si loin de moi et parce qu’on ne peut sans doute pas se débarrasser si facilement de son premier amour, qu’il vous poursuit toute votre vie, toujours en embuscade quelque part dans votre dos, et que ce qui compte c’est de ne plus se retourner sur le passé afin qu’il ne vous rattrape pas et vous fasse tomber à nouveau.

Toujours est-il que cet homme, je l’aurais suivi jusqu’en enfer, d’ailleurs j’y suis maintenant. Mais avant de côtoyer des démons, tout a commencé par ce voyage qui devait m’emmener vers La Nouvelle-Orléans. Je m’y projetais déjà en m’imaginant parcourir toutes ces contrées sauvages à cheval avec Jacques et voir renaître la flamme de notre amour. Quelques jours avant notre arrivée à La Nouvelle-Orléans, une femme créole, à la peau excessivement tannée par le soleil, de robuste corpulence, a insisté pour que nous fassions escale sur une île déserte des Caraïbes. Elle prétendait connaître celle-ci, bien que cette terre n’était même pas répertoriée sur les cartes du capitaine. J’aurais dû sans doute déjà me méfier. Mais ce ne fut pas le cas, au contraire, avec d’autres voyageurs, je suis descendue à terre.

Finalement, les premières heures furent plutôt agréables, et pouvoir se dérouiller les jambes après ces longues semaines passées en mer était judicieux. Jacques aussi était de cette escapade, mais il ne prêtait guère attention à moi et s’était collé à Madame Camille Montéran après avoir porté sa fille Louise pour éviter que sa robe ne prenne l’eau. Je sentais que quelque chose se tramait, mais au lieu de me révolter, je me suis éloignée du groupe pour dessiner des fleurs presque irréelles, des roses de porcelaine. Leur beauté si tentatrice m’a fait oublier le temps. Lorsque j’ai voulu rejoindre les autres, ils avaient disparu. J’ai paniqué, j’ai cru plusieurs fois reconnaître mon chemin ou deviner leurs traces, mais en fin de compte je me suis égarée.

Ce n’est qu’au bout de cinq nuits que j’ai enfin trouvé la plage où nous avions débarqué. Au large, le galion n’était plus visible aussi loin que je pouvais voir. Sur le sable, au-dessus de l’une de mes malles, m’attendait un coffret contenant une lettre de Jacques. Il me promettait de revenir me chercher et de faire preuve de courage…

Jacques, je sais que tu ne me liras jamais, mais cela fait du bien de t’écrire quand même ces quelques phrases qui vont suivre : « Moi, je ne t’aurais jamais laissé tomber, j’aurais remué ciel, terre, mer et océan quitte à risquer ma vie pour te retrouver. Mais je ne savais pas encore que l’Amour pouvait être à sens unique. Je ne savais pas en quittant la France qu’à bord se trouvait ta nouvelle maîtresse qui t’avait éloigné de moi… Et toi, Jacques, tu m’as traîtreusement abandonnée »

J’ai compté les jours, j’ai espéré des secours qui ne sont jamais arrivés. Et puis, il y eut la venue de la jolie Aytii, du brave Taïno et de leur nourrisson Huracana. Mes compagnons d’infortune, des Amérindiens rejetés eux aussi par les leurs. Je ne devinerai la raison de leur mise à l’écart que bien plus tard. Ce sont eux qui m’ont sauvée. Ensemble, telle une famille, nous avons vécu plusieurs années dans la plus stricte simplicité. J’ai appris leur culture, leur langue. Je voulais devenir une des leurs même si parfois la nostalgie de mon passé venait me titiller douloureusement.

Et puis, ce terrible drame. Un jour atroce. Taïno et Ayiti étaient partis tôt le matin pour pêcher en haute mer. J’entends encore les cris et les pleurs d’Huracana lorsqu’il a vu son père, gravement blessé, en train de transporter le corps sans vie de sa mère. Et rien n’épargnera ce petit garçon, puisque Taïno décédera quelques jours plus tard. Ils sont enterrés sur cette île étrange.

Mais dès cet instant, Huracana, toi aussi si un jour tu me lis, sache que tu es devenu mon fils. Car il est certain que nul besoin d’enfanter pour aimer un enfant comme s’il était le fruit de ses entrailles. Je t’ai autant chéri que si tu avais été de ma propre chair. Toi que je cajolais déjà comme une tante maternelle, je t’ai encore plus adoré et protégé.

 

Avec Huracana, j’ai réussi à quitter cette île avec le solide gommier. Au cours de notre odyssée marine, nous avons débarqué sur l’anse Bellune et rencontré cette femme, une esclave en marronnage avec sa fille, toutes deux presque squelettiques. Et avec elles, nous nous sommes finalement installés à Saint-Domingue, plus exactement sur une dépendance, l’Île-à-Vache, grâce à l’hospitalité, certes quelque peu calculée, de Constant de Chasseloup-Laubat.

Mais au bout de quelques mois, j’ai commis l’erreur de vouloir revoir Jacques à La Nouvelle-Orléans, je n’aurais pas dû... D’ailleurs, je ne vais rien écrire sur cet épisode. Du moins pas maintenant, peut-être plus tard si l’envie m’en prenait.

En 1797, je suis partie en Bourgogne pensant y retrouver les miens et y reprendre possession de mon château et de ma fortune. Mais ma famille m’a trahie. Ils ont prétendu et confirmé que Liliane de la Roche était bel et bien morte et enterrée. Ils m’ont fait condamner puis jeter en prison. Quelques mois plus tard, par pitié, ma sœur m’a aidée à m’échapper à condition de quitter la France pour toujours...

 

 

La suite des mémoires de Liliane de La Roche, c’est dans le tome 4, L’As de Trèfle, disponible en cliquant ICI 

 

À très bientôt,

En vous souhaitant de joyeuses fêtes de fin d’année,

Valérie Lieko

« The Indie Author »

 

 

 

 



21/12/2017
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