Blog d'Auteur

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Naufragé(s) sur une île déserte...

Bonjour à toutes et à tous,

 

Nous y voilà, c’est la rentrée !

Mais quelle rentrée ?

La rentrée littéraire, cela va de soi, mais surtout la rentrée scolaire, et si finalement les deux étaient liées...

 

Car qui dit rentrée, dit liste des fournitures scolaires, mais aussi liste des romans à lire au courant de l’année...

 

Dans la liste de mon ainé, je tombe sur « Vendredi ou les Limbes du Pacifique », pour lequel son auteur Michel Tournier a reçu en 1967 le Grand Prix du roman de l’Académie française.

 

Et tout à coup, un pan de ma jeunesse, avec les lectures qui l’ont émerveillée, ressurgit.

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Une île déserte...

Des naufragés...

Survivre, espérer les secours, chercher à quitter l’île...

 

Un drame initial qui permet en fin de compte une transformation, une étape qui permet de changer de vie, qui permet de retrouver l’essentiel ou qui permet de se rendre compte du bonheur perdu...

 

Mais quoiqu’il advienne, plus rien ne sera jamais comme avant...

 

Avez-vous déjà remarqué combien de fois ce thème « d’île déserte qui accueille des naufragés » a déjà été abordé que ce soit en littérature, au cinéma, dans les séries télévisées et jusqu’à la télé-réalité ?

 

De « Robinson Crusoé », à « Vendredi ou les limbes du Pacifique », à la série culte « Lost » (avec son côté fantastique), jusqu’à « Koh-Lanta », se retrouver un jour sur une île déserte et devoir survivre a toujours fasciné les hommes à travers les siècles.

 

Robinson Crusoé  a été écrit par Daniel Defoe et publié en 1719. L’histoire s’inspire très librement de la vie d'Alexandre Selkirk. Écrit à la première personne, l’intrigue principale du roman se déroule sur une île déserte où Robinson survit pendant 28 ans. Pendant son séjour forcé, il fit connaissance d’un homme noir qu’il nomma Vendredi. Les deux compagnons vivront ensemble pendant plusieurs années avant de pouvoir quitter l’île. 

 

L’île mystérieuse a été écrit par Jules Verne bien plus tard, puisqu’il parut en 1875.

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Ce dernier s’inspire de Robinson Crusoé de Daniel Defoe et du roman Le Robinson suisse de Johann David Wyss (1819). Mais il semble s’inspirer également du récit autobiographique du français François Édouard Raynal, Les Naufragés ou Vingt mois sur un récif des Îles Auckland.

 

Inconsciemment, le roman « l’île mystérieuse », que j’ai pourtant lu, il y a plus de trente ans, m’a de toute évidence inspirée pour démarrer la série « Black jack Caraïbe ».

J’ai repris notamment, intuitivement, les thèmes principaux que sont :

— « la robinsonnade »

— « l’île nourricière »

— « l’Humanité » : pour rester humain, on ne peut rester seul. Jules Vernes était persuadé que la présence d’un groupe était absolument nécessaire pour qu’un homme puisse conserver toute son humanité. C’est également pour cette raison que mon héroïne, Liliane de La Roche, ne va pas demeurer trop longuement esseulée sur l’île afin d'éviter qu'elle ne sombre dans le désespoir puis la folie.

 

Par contre, je me différencie aussi de ces grands classiques que sont « Robinson Crusoé » et « l’île mystérieuse ».

D'une part, il s’agit d’une femme qui se retrouve abandonnée sur l’île. 

D’autre part, c’est l’arrivée d’Amérindiens, avec tout leur savoir, qui va rendre sa vie sur l’île beaucoup plus confortable, mais surtout qui va lui redonner espoir.

Et puis, autre élément crucial, c’est l’importance qu’elle va vouloir accorder à mélanger sa culture à la leur. Un métissage non pas forcé, mais qu’elle veut accomplir par conviction. Notamment, en apprenant leur langue, en arborant leurs peintures corporelles, en adoptant leurs croyances, sans toutefois renier les siennes.

  

Si vous voulez savoir comment Liliane de La Roche a survécu plusieurs années sur une île déserte de La Caraïbe, une île fictive à l’image de l’île de Lincoln inventée par Jules Verne, voici un court extrait du chapitre 1 de « La Dame de Cœur » :

 

« Combien d’heures se sont écoulées depuis qu’elle s’est égarée ? Elle ne saurait le dire. Elle n’a plus aucune notion du temps qui passe. Elle a surtout de plus en plus soif, de plus en plus chaud. Elle endure comme elle peut cette chaleur humide, ces insectes qui gravitent autour d’elle. Elle, qui transpire si rarement, sent naître des perles de sueur qui coulent calmement sur son visage puis meurent le long de son cou. Elle n’est sûrement plus très belle à voir. Elle détache sa chevelure pour diminuer ce mal de tête qui s’est installé à la manière d’un étau serrant sadiquement son crâne comme pour le réduire en miettes. Sa réserve d’eau est définitivement épuisée, même la dernière goutte n’existe plus. Elle finit par ôter les vêtements qu’elle juge inutiles. Elle aura presque honte s’ils la retrouvent dans cet état qu’on qualifierait presque de sauvage si ses amies parisiennes la voyaient ainsi.

Elle imagine qu’elle doit en ce moment ressembler à ces bohémiennes qu’elle croisait parfois là-bas. Elle leur offrait, par pitié, mais aussi par jeu, quelques pièces. En échange de quoi, elles lui lisaient un prétendu avenir sur les lignes de la main. La dernière fois, l’une d’elles avait éprouvé ou feint un malaise après avoir observé intensément celles-ci. Une fois rétablie, elle était partie en courant sans lui fournir la moindre explication. Pourtant, Liliane lui avait crié à plusieurs reprises qu’elle lui donnerait encore plus d’argent si elle lui révélait ses visions. Mais plus elle criait pour qu’elle revienne, plus la bohémienne accélérait sa course. Ensuite, elle avait disparu… Liliane avait demandé à son cocher de se lancer à sa poursuite. Ils avaient exploré quelques rues avoisinantes, puis ils avaient demandé à quelques passants de l’aide pour la retrouver. Mais en vain, elle avait disparu, comme évaporée.

Cet épisode avait occasionné l’enchaînement de quelques nuits cauchemardesques. Liliane se voyait avec les traits d’une vieille dame baignant dans le sang. Elle hurlait à tel point durant son sommeil qu’Églantine qui dormait dans l’antichambre était venue la cajoler dans son lit, la berçant comme une enfant en proie à des terreurs nocturnes. Un prêtre avait été appelé à la rescousse et avait mis fin à ses cauchemars. Il lui avait assuré que cette bohémienne ne pouvait absolument rien voir. Seul Dieu connaissait notre destinée, lui avait-il martelé d’une voix caverneuse. Et Liliane avait cru à nouveau à ce qu’on lui ordonnait de croire.

Le soleil est désormais rougeoyant. Si elle n’avait pas été si désemparée, elle aurait pu trouver ce coucher de soleil caribéen, paradisiaque. Mais elle se sent en enfer. Elle se remet à hurler de plus belle, aussi puissamment qu’elle le peut, comme elle ne l’a jamais fait. Jamais son éducation ne lui aurait autorisé à hausser la voix d’une façon si incontrôlée. Une angoisse irrépressible s’est installée. La nuit va s’abattre. Jacques lui a appris que sous cette latitude tropicale, la nuit tombe aussi spectaculairement qu’un rideau de théâtre. Elle ne peut donc plus rester là, au milieu de nulle part, au milieu de ce vide humain inquiétant. Une nuit peuplée de bruits qu’elle ne reconnaît absolument pas.

Le mieux est de rejoindre la côte et ensuite de la longer, pense-t-elle. De plus, il y aura un peu plus de lumière là-bas que dans la forêt. Et puis, l’île ne doit pas être gigantesque, enfin, elle l’espère… Oui, c’est ça, se rassure-t-elle, il suffit de longer la côte et elle finira par tomber sur le bateau. Un peu d’espoir l’envahit… Elle se remet à marcher jusqu’à ce que l’obscurité l’en empêche complètement. Après de longues minutes, elle longe un abri naturel, un enfoncement à mi-hauteur d’homme assez profond, au bas de la falaise au pied de laquelle s’échouent avec violence les vagues. Elle déchire ses jupons pour confectionner une couche de fortune. À bout de force, elle finit par s’endormir en ne tenant même plus compte des bruits assourdissants provoqués par le fracas des vagues.

 

Elle se réveille avec les premières lueurs de l’aube, martyrisée par les piqûres de moustiques atrocement prurigineuses qui semblent se délecter de ce sang délicieusement neuf et inconnu. Elle s’empêche de se gratter à sang, il n’est pas question d’abîmer sa peau si fine, d’une blancheur immaculée qu’elle a pu conserver jusqu’à présent et qui reste sa marque de beauté. Elle ramasse ses maigres affaires, tente de dompter sa chevelure en un chignon plus présentable. Ses lèvres sont sèches, légèrement crevassées. Il est temps de trouver rapidement de l’eau. Elle reprend, le long de la côte, sa marche interrompue par la tombée de la nuit. Mais après quelques minutes, elle se dit que ce n’est pas là qu’elle pourra trouver de l’eau douce. Elle replonge, animée par un instinct de survie, vers la forêt. Elle ne sait plus trop vers où aller, mais il est essentiel de découvrir de l’eau au plus vite.

Elle interrompt sa marche en apercevant un arbre qui semble porter d’énormes fruits à la peau vert-orangé. Elle parvient à en cueillir un en se hissant sur la pointe des pieds et en s’étirant du plus qu’elle peut. Est-il comestible ? Elle n’a jamais rien vu de pareil ! D’autres sont par terre, certains déjà moisis, d’autres avec une consistance plus molle que celui qu’elle vient de cueillir. Tant pis, elle mord dans l’un d’eux. Le goût se rapproche de celui d’une pêche ou d’un abricot, mais en plus moelleux, plus juteux. D’ailleurs, un savoureux jus sucré arrose sa bouche assoiffée et la désaltère. Elle en mange plusieurs pour se redonner un peu de force. Rassasiée, elle en conserve, par prévoyance, quelques-uns dans son sac. Elle vient de déguster ses premières mangues.

Elle tentera maintes fois de longer au plus près la côte, mais celle-ci est tellement escarpée qu’elle doit régulièrement s’enfoncer vers l’intérieur des terres et se perdre à nouveau dans cette végétation anxiogène qu’elle affronte pourtant vaillamment. Au début, elle appellera désespérément à l’aide sans arrêt, puis, de moins en moins, pour en fin de compte, ne plus crier afin d’épargner sa salive et diminuer ainsi sa sensation de soif.

 

Quatre autres nuits et quatre autres jours vont s’écouler jusqu’à ce qu’elle atteigne enfin la plage de sable noir où elle avait débarqué cinq jours plus tôt. Tout à coup, elle croit deviner sa malle de voyage, déposée au beau milieu de cette étendue de sable. Est-ce un mirage ? Une tentation du démon ? Liliane a peur. Elle regarde vers la mer, au plus loin qu’elle puisse. Le bateau n’est plus là. Elle se dit que son errance et le manque de nourriture, auxquels s’ajoute l’épuisement lui font perdre tout sens de la réalité. Le bateau doit sûrement être là quelque part. Il ne peut en être autrement. Elle avance vers ce qu’elle espère être un mirage. Mais l’image reste figée. Elle se rapproche encore plus. Elle finit par la toucher pour le croire. Mais c’est horriblement réel. C’est du bois dur qui résonne lorsqu’elle le cogne. C’est bien sa malle principale. Elle n’est pas encore devenue complètement folle. Un coffret en bronze trône au-dessus. Liliane l’ouvre, les mains tremblantes. À l’intérieur, elle découvre des cartes de la région ainsi qu’un manuscrit. Elle lit à haute voix les quelques lignes écrites sur celui-ci :

 

Chère amie,

Nous vous avons cherchée et attendue durant quatre jours. L’équipage et les passagers ne pouvaient pas se permettre une escale plus longue. Si vous lisez ce message, Dieu merci, c’est que vous êtes en vie. Soyez forte, je reviendrai vous rechercher avec un autre bateau dès que nous aurons atteint La Nouvelle-Orléans. Que Dieu vous vienne en aide dans cette terrible épreuve. Vous trouverez des cartes de cette île et des environs qu’une vieille passagère créole a bien voulu vous laisser. Méfiez-vous si un bateau accoste, notamment si ce sont des Anglais, et cachez-vous.

Votre éternel dévoué,

Jacques de Carafelli »

 

 

En vous souhaitant déjà à toutes et à tous, une excellente rentrée scolaire et littéraire...

 

Valérie Lieko

« the Indie Author »

 
 

 

  

 

 



01/09/2016
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